Le fascisme viscéral : retour à l'homo sapiens originel
L'ange déchu, c'est nous, les hommes. — Teilhard de Chardin
L'illusion de la civilisation
Nous aimons à croire que le fascisme est une aberration historique, une déviation idéologique, un accident de parcours dans la marche de l'humanité vers la raison. Nous cataloguons, nous analysons, nous théorisons : « populisme », « démagogie », « manipulation des masses ». Comme si comprendre les mécanismes suffisait à s'en prémunir.
Mais et si nous nous trompions sur sa nature profonde ?
Et si le fascisme n'était pas une construction politique moderne, mais un retour à l'état primitif d'homo sapiens sapiens ? Non pas une déviation, mais un dévoilement de ce que nous sommes vraiment sous le vernis de la civilisation ?
Le mystère anthropologique du choix fasciste
Voici le paradoxe qui nous échappe : comment un peuple peut-il rationnellement choisir l'irrationnel ? Comment peut-on désirer le fascisme en le percevant comme un « état rationnel » ?
Car c'est bien cela qui se produit. Les masses ne sombrent pas dans la folie collective par accident. Elles choisissent l'autoritarisme en se persuadant qu'il est logique, efficace, nécessaire. Elles rationalisent l'irrationnel avec une constance troublante.
L'utopie fasciste vue d'en bas ressemble à s'y méprendre à l'utopie communiste : ordre parfait, communauté organique, jeunesse rayonnante, prospérité dirigée, fierté retrouvée, esthétique grandiose. Mêmes promesses, même séduction, mêmes résultats catastrophiques.
Que ce soit Staline (20-30 millions de morts), Mao (40-80 millions), Hitler (12-17 millions), ou plus loin dans l'histoire la colonisation espagnole (40-90 millions d'Amérindiens exterminés), la colonisation britannique (100-200 millions de victimes), française, la Terreur... Peu importe l'idéologie de façade : dès qu'un groupe humain peut éliminer un autre, il le fait.
La vérité anthropologique : homo sapiens, prédateur absolu
Homo sapiens sapiens n'est pas le dernier hominidé survivant parce qu'il serait plus sage ou plus intelligent. Il a survécu parce qu'il était le plus fort, donc le plus agressif. Il a exterminé Néanderthal, Dénisova et tous les autres par supériorité prédatrice.
Notre matrice anthropologique de base reste celle des tribus primitives : groupes de moins de 250 membres où la consanguinité impose l'exogamie forcée. Comment ? Par le raid, le massacre des hommes, la capture des femmes comme esclaves sexuelles pour renouveler le sang. Violer et tuer pour survivre génétiquement.
Cette réalité tribale primitive n'a jamais disparu. Elle sommeille sous nos institutions, nos droits de l'homme, nos constitutions. Et elle refait surface dès que les conditions s'y prêtent.
Le fascisme comme nostalgie tribale
Le fascisme, c'est exactement cela : la nostalgie de la tribu pure originelle.
« Make America Great Again », « la France éternelle », « le Reich millénaire »... Tous ces slogans expriment le même fantasme : retrouver l'essence tribale perdue, la pureté originelle qui aurait été souillée par l'ennemi.
Le bouc émissaire change selon les époques — Juifs, immigrés, élites mondialistes, francs-maçons — mais le mécanisme reste identique. Il faut éliminer l'impureté pour retrouver la tribu parfaite des origines.
Au cœur du fascisme : le sang. La pureté raciale, ethnique, nationale. La reconstitution de la communauté essentielle menacée de disparition. Exactement comme ces tribus primitives qui devaient tuer pour ne pas disparaître.
L'exemple des Andes : quand la civilisation s'évapore
Octobre 1972, cordillère des Andes. L'avion uruguayen s'écrase. 72 jours dans la montagne. Pour survivre, les rescapés pratiquent le cannibalisme.
Moment crucial : ils ne transgressent pas un tabou par désespoir. Ils redeviennent l'homo sapiens originel pour qui manger l'ennemi était symbole de survie victorieuse. L'inverse du mythe d'Adam et Ève : non pas la chute du paradis vers la connaissance, mais la chute de la civilisation vers l'instinct pur.
Car l'homme primitif ne se contentait pas de tuer pour manger. Il organisait des banquets après les massacres. Cette dimension festive de la violence humaine que les animaux n'ont pas. Homo sapiens : l'espèce qui a fait du meurtre un art, de la domination une jouissance.
La vérité sur nous-mêmes
Même les plus intelligents, les plus conscients, les plus humanistes d'entre nous portent cette nature prédatrice.
Que celui qui n'a jamais imaginé tuer de ses propres mains pour protéger les siens nous jette la première pierre. À cet instant précis, le Droit n'existe plus. Nous redevenons la créature primitive qui défend sa progéniture contre les prédateurs.
Cette bascule potentielle en chacun de nous, voilà ce qui rend le fascisme inévitable. Pas comme accident idéologique, mais comme retour cyclique à notre vraie nature quand les conditions l'exigent.
Les génocides : constante anthropologique
Parcourons l'histoire. Colonisation espagnole, britannique, française. Terreur révolutionnaire. Fascismes européens. Communismes totalitaires. Génocides contemporains.
Peu importe l'époque, la civilisation, l'idéologie : dès qu'un groupe peut éliminer un autre, il le fait. La technologie change, la rhétorique évolue, mais le fond reste : éliminer l'autre quand on peut.
L'homme comme « nuage de criquets » qui dévore tout sur son passage, puis passe au territoire suivant. La raison comme alibi, jamais comme remède.
Vers une guerre programmée
Aujourd'hui, nous naviguons vers un nouveau conflit. La Russie qui grignote l'Ukraine. L'Europe qui se réarme. Les États-Unis qui se désengagent. La Chine qui attend son heure.
Bientôt, nos belles valeurs européennes risquent de s'effacer. Nos institutions démocratiques basculeront vers l'autoritarisme « par nécessité sécuritaire ». Nos peuples choisiront l'homme fort pour nous « sauver ».
Et nous redécouvrirons ce que nos grands-parents savaient : homo sapiens sapiens reste un prédateur tribal qui n'a jamais vraiment quitté la savane.
Accepter notre nature pour mieux la contenir
Reconnaître cette vérité anthropologique n'est pas du nihilisme. C'est de la lucidité.
Seuls ceux qui acceptent leur propre potentiel de barbarie peuvent construire des garde-fous efficaces. Seuls ceux qui savent qu'ils peuvent redevenir des prédateurs peuvent développer les outils pour l'empêcher. Toujours avec l'arme de la raison.
Le fascisme n'est pas une maladie qu'on guérit. C'est une nature qu'on contient. Temporairement. Avec vigilance. En sachant qu'elle ressurgira dès que les conditions s'y prêteront.
L'ange déchu de Teilhard, c'est nous. Et nous le resterons.
La question n'est plus de savoir si nous retomberons dans la barbarie, mais quand, et comment nous préparery préparer collectivement.