La reine des tours Eiffel miniatures (satire)

Satire10 mars 2026 · 494 mots

Depuis toute petite j'aime les boucles d'oreilles. Je jouais avec la boîte à bijoux de maman, de tata, de nanny. Comme elles avaient de magnifiques objets. Camées du siècle dernier, perles noires du Pacifique, rares topazes bleues, coraux australiens, or rose...

À l'école, je n'étais pas excellente. Comme Guy Degrenne, je passais mon temps à dessiner des boucles d'oreilles sur mes cahiers d'histoire, de mathématiques, de français. Mes parents m'ont envoyée en pension en Suisse et j'ai eu mon bac sans mention.

J'ai enfin pu m'adonner à ma passion. Partie à Dubaï, j'ai trouvé de charmantes ouvrières philippines qui travaillent avec des doigts de fées. Elles sculptent le fer-blanc avec une précision exquise, vite et bien, pour un cent le bijou.

Car je suis devenue la plus grande exportatrice de tours Eiffel miniatures. Boucles d'oreilles évidemment, mais aussi pendentifs, porte-clefs, bibelots. Mon imagination n'a pas de limite. Je vends sur Amazon, Alibaba, et j'ai aussi tout un réseau de Namibiens geniaux qui travaillent comme des anges sur le Champ de Mars, le Trocadéro et les Champs-Élysées.

Je possède une villa de douze pièces avec piscine intérieure sur une petite île artificielle qui représente un pays. C'est charmant. C'est le Bangladesh je crois. J'ai vite fait fortune. Mes milliers de tours Eiffel sont transportées par cargo chinois jusqu'à La Ciotat, débarquées avec le tourteau de soja, et acheminées à Paris grâce aux grands soins d'une filière peu connue mais hyper efficace.

Elle utilise des grosses cylindrées pour rapatrier Paris. J'adore les voitures moi aussi. Chaque matin, l'hélico du voisin me dépose sur le quai où un concierge malien m'a ramené ma Lambo, et je la prends pour gagner mes bureaux au Burj Khalifa ou mon usine dans l'intérieur des terres.

J'adore ma vie. Mais hélas, ces temps-ci, je me sens menacée. Non, ce n'étaient pas des feux d'artifice dans le ciel. Mais bien des missiles. Iraniens. Ou américains ou israéliens. Je ne sais pas, ils explosent avant qu'on ait eu le temps de lire.

Je demande à la France, ma patrie adorée, de m'aider. Je veux rentrer en Suisse chez ma maman. Je veux mettre mes bitcoins à l'abri dans une vraie banque, la Société Générale, qui est toujours renflouée par la France lors des crises.

Je veux me mettre au vert le temps que cette guerre s'achève. Et après je reviendrai. À Dubaï. Oh bien sûr il faudra former de nouvelles ouvrières, les anciennes seront sans doute mortes. Refaire toute la logistique.

Recréer. Mais vous savez quoi ? J'adore ça ! Je suis une entrepreneuse née, la résilience est ma qualité principale. Bon, qu'est-ce qu'elle fait cette fichue France ? Cette administration, jamais là quand on a besoin d'elle.

Ah j'ai hâte de repartir à Dubaï ! En attendant, vivement qu'ils viennent me chercher en hors-bord. Mon île, c'est la plus proche du continent. Première partie, première revenue, non ? J'ai hâte de revoir la Suisse.

Lausanne et son golf. L'idéal pour tout oublier.

#satire #Dubaï #entrepreneuriat #fiction