La liberté est à moi ! (et pas à toi)
Oyez, oyez ! La liberté cherche propriétaire. Enchères en cours.
À droite, une offre alléchante : "Nous sommes les vrais défenseurs de la liberté ! Celle d'entreprendre, de réussir, de s'enrichir. La liberté du marché, la liberté du plus fort, la vraie liberté !" (Petites lignes en bas du contrat : ne s'applique pas aux manifestants, aux minorités, aux migrants, aux pauvres, aux femmes qui veulent disposer de leur corps, et à tous ceux qui penseraient différemment).
À gauche, une contre-offre séduisante : "Non, la liberté est à nous ! Celle de s'émanciper, de vivre autrement, de choisir son identité. La liberté collective, la liberté égalitaire, la seule vraie liberté !" (Restrictions s'appliquent : interdite aux entrepreneurs, aux réussites individuelles, aux pensées non conformes, et à quiconque oserait remettre en question notre définition de la liberté).
Au centre ? Une tentative de synthèse : "La liberté est à tout le monde !" (Mais un peu plus à nous qu'aux autres, quand même).
Quelle belle époque où chacun s'arroge le monopole de la liberté pour mieux la mettre en cage ! Où la droite défend la liberté du renard dans le poulailler pendant que la gauche impose la liberté obligatoire. Où chaque camp brandit sa définition de la liberté comme une matraque idéologique.
"La liberté, c'est la liberté de dire que 2+2=4", écrivait Orwell. Aujourd'hui, c'est plutôt la liberté de dire que la liberté m'appartient, et que la tienne n'en est pas une.
Le comble de l'ironie ? Plus on s'approprie la liberté, plus on l'enchaîne. Plus on la revendique comme sa propriété exclusive, plus on la tue. C'est le parfait paradoxe : vouloir posséder la liberté, c'est déjà ne pas la comprendre.
Écoutons nos grands défenseurs de la liberté :
À droite : "La liberté économique est la seule vraie liberté" (Margaret Thatcher) "La liberté n'est pas l'absence de contraintes, mais la possession du pouvoir" (Milton Friedman) "La liberté du commerce n'est pas une liberté académique, mais le moyen qui permet l'exercice de toutes les libertés" (Friedrich Hayek)
À gauche : "Il n'y a pas de liberté sans égalité" (Rosa Luxemburg) "La liberté sans le socialisme, c'est le privilège et l'injustice" (Mikhaïl Bakounine) "La liberté de chacun doit s'arrêter là où commence celle d'autrui" (Jean Jaurès)
Chacun sa liberté, chacun ses chaînes.
Alors la liberté est-elle de droite ou de gauche ? La question elle-même est un piège, une tentative d'emprisonner l'insaisissable. La liberté n'appartient à personne précisément parce qu'elle appartient à tous. L'enfermer dans un camp politique, c'est déjà la nier.
Mais ne vous inquiétez pas : les enchères continuent. La liberté est à vendre, par morceaux, par fragments, par petites cages dorées. Qui dit mieux ?
PS : toute ressemblance avec des situations politiques actuelles où chacun s'autoproclame défenseur de la liberté tout en piétinant celle des autres serait, bien entendu, purement fortuite.