L'Europe de la défense est morte. Construisons autre chose.
Pourquoi l'axe Paris-Londres est la seule architecture crédible face à 2029
La semaine dernière, l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a exprimé un souhait lors de la conférence de Berlin sur la sécurité : que l’Allemagne assume “le rôle de leader de l’OTAN” et prenne à terme le poste de commandeur suprême des forces alliées en Europe (SACEUR).
Il faut relire cette phrase lentement pour en mesurer l’absurdité.
L’Allemagne, c’est une armée qui n’a pas de munitions pour plus de deux jours de combat intensif. Des chars Leopard 2 dont la moitié est immobilisée faute de pièces. Des hélicoptères NH90 cloués au sol. Zéro capacité de projection autonome. Zéro expérience opérationnelle depuis trente ans. Pas de force nucléaire. Des forces spéciales (KSK) gangrenées par des scandales d’infiltration néonazie.
Et on leur confierait le commandement de l’Alliance ?
Non. Ce que dit Whitaker, ce n’est pas une proposition sérieuse. C’est un message : les Américains partent, démerdez-vous.
L’OTAN, une coquille vide
Le général Christian Freuding, inspecteur de l’armée de terre allemande, a récemment confié qu’il pouvait auparavant joindre le Pentagone “jour et nuit”. Aujourd’hui, il passe par l’ambassade allemande à Washington, “où quelqu’un essaie de trouver quelqu’un”.
Ce n’est pas de la géopolitique abstraite. C’est un général qui dit : on n’a plus le numéro.
L’OTAN post-Trump est devenue une structure bureaucratique où 32 pays doivent s’accorder pour déplacer un bataillon. Excellente pour des exercices conjoints et des communiqués de presse. Inutilisable en temps de crise réelle.
Quant à l’Union européenne de la défense, parlons-en. Trente ans de sommets, de déclarations, de “boussoles stratégiques” et d’”autonomie stratégique européenne”. Résultat : zéro division opérationnelle commune. Zéro commandement intégré. Zéro capacité de décision rapide.
L’Europe de la défense n’existe pas. Et elle n’existera pas — parce qu’on ne construit pas une armée à 27, encore moins à 32.
Il est temps de l’admettre. Et de construire autre chose.
Lancaster House : le traité oublié
En 2010, Nicolas Sarkozy et David Cameron signent les accords de Lancaster House. Partage de capacités aéronavales, force expéditionnaire conjointe franco-britannique (CJEF), coopération sur la simulation nucléaire.
Le Brexit a refroidi cet axe. Il ne l’a pas annulé.
France et Royaume-Uni restent :
Les deux seules puissances nucléaires européennes
Les deux seuls sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU
Les deux seules armées du continent capables de projeter des forces de manière autonome
Les deux seules industries de défense véritablement souveraines (Dassault, Naval Group, Thales, MBDA côté français ; BAE Systems, Rolls-Royce Defence côté britannique)
Ajoutons : les deux seuls pays européens qui ont fait la guerre pour de vrai ces vingt dernières années. Libye, Syrie, Sahel, opérations spéciales diverses.
L’Allemagne ? Elle a envoyé des casques en Ukraine. Des casques.
L’Ukraine, la profondeur stratégique
Derrière l’axe Paris-Londres, il y a un acteur que l’Europe regarde sans comprendre : l’Ukraine.
Trois ans de guerre de haute intensité. Un million d’hommes sous les drapeaux. Une expertise du combat — drones, guerre électronique, artillerie, défense anti-aérienne — qu’aucune armée européenne ne possède plus.
Les Ukrainiens savent se battre. Ils l’ont prouvé. Ils continuent de le prouver.
Une alliance structurelle avec Kiev — pas seulement des livraisons d’armes, mais une intégration doctrinale, un partage d’expérience, une coopération industrielle — donnerait à l’axe franco-britannique une profondeur que l’Allemagne ne peut pas offrir.
Le gaullisme n’est pas un dogme
On objectera : “C’est du repli ! Du nationalisme ! Une trahison de l’idéal européen !”
Non. C’est de la stratégie pure.
De Gaulle n’a pas quitté le commandement intégré de l’OTAN en 1966 par caprice idéologique. Il l’a fait parce qu’il avait compris une vérité simple : on ne délègue pas sa survie.
La France dispose de la dissuasion nucléaire. Elle dispose d’une armée opérationnelle. Elle dispose d’une industrie de défense. Elle dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité.
Elle a les moyens de sa souveraineté. À condition de ne pas les diluer dans des structures où elle n’a plus la main.
L’Allemagne ? Qu’elle finance. Qu’elle achète des Rafale. Qu’elle paie sa part — enfin — après trente ans de parasitisme stratégique sous parapluie américain. Mais qu’elle ne prétende pas commander ce qu’elle est incapable d’assumer.
2029
Selon les analyses de l’OTAN, la Russie sera capable de mener une guerre conventionnelle à grande échelle d’ici 2028-2029. C’est demain.
L’Allemagne prévoit d’être “apte à la guerre” d’ici là. Avec quoi ? Avec qui ? Avec quelle expérience ?
La France et le Royaume-Uni n’ont pas le luxe de ces illusions. Elles doivent être prêtes — pas dans quatre ans, mais maintenant.
Réactiver Lancaster House. Structurer l’axe franco-britannique. Intégrer l’Ukraine. Assumer la dissuasion française comme parapluie pour ceux qui le méritent.
Et laisser l’OTAN bureaucratique à ceux qui aiment les réunions.