L'aménagement urbain ou l'art de mélanger ce qu'il faut séparer
Imaginez un instant qu'on décide d'organiser un ballet à Roland-Garros pendant un match de tennis, tout en y ajoutant une partie de rugby. Absurde ? C'est pourtant exactement ce qu'on fait avec nos rues.
Au nom de la sacro-sainte "mixité des usages", on force la cohabitation de vélos, voitures, bus, trams, trottinettes et piétons sur les mêmes voies. Résultat ? Un chaos organisé où tout le monde est en danger et personne n'est efficace.
Prenons Paris (oui, encore Paris, ce laboratoire du n'importe quoi urbain) :
Une Petite Ceinture ferroviaire dort paisiblement pendant qu'on torture les boulevards pour y caser un tram
Un Périphérique pourrait être enterré et modernisé, mais non, ce serait trop simple
Des axes majeurs sont rétrécis au lieu d'être optimisés pour leur usage naturel
Et les études d'impact ? Aussi inexistantes que le bon sens dans un conseil municipal
Le plus incroyable ? Personne ne semble se poser la question la plus simple : pourquoi forcer des modes de transport incompatibles à partager le même espace ?
C'est comme si on avait oublié le B.A.-BA de l'urbanisme : chaque type de flux a ses propres besoins, sa propre logique, sa propre vitesse.
Mais non. Au lieu de ça, on nous sort le concept magique de "zone de rencontre". Traduction : un endroit où les voitures roulent à 20km/h pendant que les cyclistes slaloment entre les bus et que les piétons jouent à Frogger grandeur nature.
Les ZFE (Zones à Faibles Émissions) ? Un chef-d'œuvre de pensée magique. On interdit les véhicules polluants sans prévoir d'alternatives. Comme si dire "Débrouillez-vous" était une politique de transport.
Et pendant ce temps :
La Petite Ceinture continue sa sieste centenaire
Le Périphérique reste en surface, transformé en boulevard des frustra
Les grands axes deviennent des gymkhanas urbains
Les bus sont coincés avec tout le monde
Les vélos zigzaguent entre la mort et les pots d'échappement
Le plus drôle ? Aucune étude d'impact digne de ce nom. Pourquoi s'embêter avec des données quand on a l'idéologie ?
Et les maires, dans tout ça ? Ils font comme ces DJ amateurs qui mixent tout en même temps en espérant que ça donnera quelque chose. Sauf qu'au lieu de massacrer de la musique, ils massacrent la mobilité urbaine.
Le résultat ? Un chef-d'œuvre d'inefficacité où :
Les voitures sont ralenties mais toujours là
Les vélos sont partout mais nulle part en sécurité
Les bus sont coincés dans des bouchons qu'ils contribuent à créer
Les piétons traversent en se signant
Et tout le monde perd son temps et ses nerfs
La solution ? Elle est pourtant simple comme un plan de métro :
Les grands axes pour les flux importants (voitures, camions)
Les voies secondaires pour les transports en commun
Les petites rues pour les vélos et mobilités douces
La Petite Ceinture pour un tram qui ne gêne personne
Le Périphérique en souterrain pour fluidifier sans polluer
Mais ça supposerait d'admettre que la ségrégation des flux est plus efficace que leur mélange anarchique. Et ça, c'est apparemment trop compliqué pour nos édiles, trop occupés à compter les pots de fleurs sur les pistes cyclables.
Le summum de l'absurdité ? Les fameux "coronapistes", ces pistes cyclables dessinées à la va-vite pendant le Covid. Comme si tracer des lignes jaunes sur le bitume transformait magiquement un axe majeur en voie cyclable sécurisée. C'est l'équivalent urbain du "Pouf pouf, je décrète que ça marche".
Et ne parlons pas des études préalables aux ZFE. Ou plutôt si, parlons-en, ça ne sera pas long : il n'y en a pas. On décide d'interdire certains véhicules sans se demander :
Où iront leurs propriétaires
Comment ils iront travailler
Ce que ça coûtera aux plus modestes
Si les alternatives existent
C'est ce qu'on appelle la planification par l'incantation : on décrète que ça va marcher, et ceux qui se plaignent sont forcément des réactionnaires anti-écologiques.
En fait, nos villes sont devenues le terrain de jeu d'urbanistes qui confondent SimCity avec la réalité. Sauf que dans SimCity, quand ça ne marche pas, on peut recommencer la partie. Dans la vraie vie, ce sont des millions de gens qui galèrent chaque jour.
Alors oui, il faut repenser la mobilité urbaine. Oui, il faut réduire la pollution. Oui, il faut favoriser les mobilités douces. Mais peut-être, juste peut-être, qu'on pourrait le faire avec un peu de logique, de planification et de respect pour tous les usagers ?
En attendant, si vous cherchez le maire, il est probablement en train d'inaugurer un nouveau parterre de marguerites sur une piste cyclable qui débouche sur quatre files de circulation...
PS : si nos édiles lisent ces lignes, je leur conseille une session de SimCity. Même un jeu vidéo de 1989 avait compris qu'il fallait séparer les flux de transport. Mais peut-être que c'est trop arcade pour nos penseurs de l'urbanisme moderne...